samedi 9 avril 2016

épave

Ce soir je glisserai dans la ville
sous ses peaux successives
dans un vaisseau de lune
lutter remonter les veines corrompues
la pierre dégoutte d'ombre
la mesure affreusement battue par l'eau noire
qui brûle le pavé
une lampe un cri
une lampe un cri
une lampe un cri
ainsi va le rebond des totems hideux
nous lisons sans comprendre

La nuit a son peuple d'éclats bruts
tessons d'ossements, ciment, boulons canines
charriés par la caravane fluorescente 
et l'aube le danger fauve d'un fleuve en
débâcle
des colonnes imprécises s'y meuvent jusqu'au
ciel et prolongent le vieil incendie

Rien ne lave ce grand corps
qui se soulève comme une mer
ample et régulière
tout ce qui vient dormir dans ses paumes est marqué
à jamais

Il n'y a plus de danseur pour convoquer le
soleil nourricier
des guetteurs farouches dessinent les bords
du chemin
les accès aux toits ont été condamnés
les derniers refuges
les derniers arbres libres ont été rattrapés
les crocs sont dans la nasse

Regarde tes mains
vois ce qu'elle nous fait
les hurlements dégoupillés ne dévient plus nos courses
on cache nos gemmes dans des puits toujours
plus profond
à l'abrupt à l'aplomb des briques
quand la pluie menace jusqu'à la chair
nous sommes nus isolés sur les murs

Ce soir je glisserai dans la ville
j'irai me coucher comme les autres
le long de notre mère
le long de ses eaux mortes
épaisses des ruines du jour


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