lundi 7 mars 2016

Un matin, j'ai découvert cet article qui nous était consacré :

MAUVAIS SANG

Ils sont d'un mauvais sang
ils ne saluent pas
le dos tourné à la procession
ils crachent à l'éboulis de sa musique roide
quand ils parlent entre eux c'est un feux qu'ils couvent et dissimulent
et nous voyons leurs lèvres remuer mais n'entendons que le vent dans les arbres

Ils sont quelques-uns ainsi
lovés dans les interstices des vieux murs
gardant une maison secrète, accroupie et bouillante

Ils inquiètent
Beaucoup les soupçonnent d'avoir dynamité des idoles de plastique
pures et lisses pouvait-on lire dans les communiqués
eux, l'eau trouble
eux
qui disent nous en parlant des arbres
les presqu'aurochs, crevant l'asphalte
attaquant les machines, faisant tomber les grues
quand les premiers trains ont glissé vers la mer
ou au bas des talus
les lampes ont convergé
un cercle s'est fait
des cris des cris des cris
mais les cages finissent par fondre
et puis ils sont tous les autres
ils s'immiscent avec le masque du silence
puissamment
les charpentes et les colonnes défaites les vols les coupures de courant ont continué
troublant le sommeil gras qui flotte par-dessus les maisons sages
leurs chants bavent et moussent comme les nuages
puis gisent plus tard à nos pieds
avec les autres brûlants stigmates de la bataille
Ils sont le mauvais sang
la musique intraduisible
et quand il s'agit d'approcher le Courant
ils savent rester fièrement des enfants poussiéreux.
« Nos trajectoires arythmiques effraient. Tant mieux !
Nous marchons de la sorte, en respirant sur vos hébétudes »
affirmait récemment l'un d'eux.

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