samedi 27 décembre 2014

pièce n.60: passager

Il est assis au bord du lit.
Il ne peut pas se lever. Il se tient le flanc droit.
La fenêtre est entrouverte, le fleuve mécanique et ses fauves réguliers de l’autre côté.
Sa propre respiration s’est établie sur la montagne de la respiration de la ville. Il fait sans doute chaud, et humide. La peau traite directement avec cette nuit.
Le poison de chaque minute gonfle un sac increvable.
Un matin où le lait gouttait lourdement de toute part, quelqu’un n’ayant rien d’un prédicateur lui avait dit qu’ils vivaient sur un golem affranchi. Il ne comprit pas.

Plus tard, dans la rue, il marche difficilement et se tient toujours le point où tous les yeux du corps ont convergé. La douleur est comme un sifflement pressuré.
Pourtant cette chair, précisément, la ville le sait, aucune lame ne la connaît. Lui y pense comme à un château fortifié.

Intérieur nuit. Les rideaux sont tirés sur le monstre.
Il est de nouveau assis. De ses côtes, il y a comme un départ d’oiseaux. Il finit par soulever son habit.
Un buisson est là.
Un buisson a poussé là, poursuivant les os et le sang et la chair. Agité doucement d’une brise personnelle, il a cette danse contenue des algues dans le ventre muet de la mer.
Depuis combien de temps le porte-t-il ainsi ?
Il croit reconnaître le cliquetis du chien d’un revolver dans l’horloge face à lui.
Il pense que son passager découvert menace comme l’averse.
Il ne sait que faire. Et la fenêtre de la chambre va s’opacifiant.

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