jeudi 4 septembre 2014

pièce n.52 : vrai sommeil

Les arbres ont fait descendre leurs yeux dans les racines.
J’étouffe
les rues se resserrent comme dans un sac. Nœud coulant. J’ai vu qu’on livre les soupirs de la terre aux brûleurs. L’air se dénude, j'entrevois ses cicatrices de mille ans.

Un jour, à genou, j’ai plongé mes mains dans la terre. Je les ai retirées bien vite, tant d’enfants y dormaient, tant de verre brisé. J’ai su qu’il fallait tout ralentir. Respirer plus grand. Effleurer autant que possible, à commencer par la mère commune. Je veux pouvoir partir sans que l’on ait besoin de me coudre la bouche. Que la terre m’accueille comme un ambassadeur valable. Son silence est celui d’un puits, pas d’un caveau.
J’essayais plusieurs fois de m’allonger parmi les pierres, de m’endormir dans la flaque d’un chemin de ferme, glacée, rattrapée par l’ombre. Je n’étais pas prêt. La faim le froid m’ont trouvé bien avant le silence.
Je persiste. Dès que j’aperçois une personne endormie, je cours vers elle, soulève ses paupières et cherche à me glisser dessous. 
Si l’occasion se présente, je plongerai dans un caillou inhabité, comme dans un lac, de ces cailloux qui composent une ville de leurs semblables. Œil unique, je remonterai parfois respirer à la surface polie de soleil.  
Je veux me secouer de ces ruines qui me tiennent éveillé.

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