mardi 1 juillet 2014

pièce n.37 : feu mourant

Depuis trop longtemps tu jouais leur argile. Aussi, tu as brisé la vitre. D'autres ont fait de même, et d'autres étaient lancés déjà, des braises plein la bouche. Tu as gagné les toits et l'attente a commencé.
Dos contre dos, de toits en toits, essaimés au gré des éclats de verre, du sang de chacun qui se dresse comme le cobra.
De nouveaux musiciens avaient à portée de main l’étoffe, l'essence et le flacon pour forcer les yeux les oreilles passer les briques abattre des pans de plastique aspirer les écrans que prennent ces frères et sœurs pour se couvrir.
L'émeute dure, elle est deux ou trois temps en dessous de celui de l'hymne de la cité. Rien de visible. Tu t'es abrité derrière un muret de surplomb, tu y as creusé un peu de sommeil. L'haleine de la ville a déposé à ton épaule la tiédeur des yeux qui t’ont vu grandir. A quelques rues d'ici, ces yeux sont sortis par tous les cris mordus de la maison.
Ta place est ici. Ils comptent sur le lait pour te ramener. Mais tu sais que dans leurs mains, il a déjà tourné au poison.

L'attente.
Malgré vos efforts, la pluie vous a suivis de ses cendres. Vous avez veillé. Les lames s'émoussaient et vous avez regardé, impuissants, ce courant passer dans vos mains.

La ville avait son plan, inchangé. Noyer la crevasse, que tous les chants affleurent.
Tu as vu les feux quitter peu à peu la nuit, et la ville se secouer furieusement de vous comme le lièvre acculé. Et l'aube était trop forte d'usines, et la sueur a commencé à peser et cesser de te porter. Le morceau de bois saillant que tu as tenu si fort la nuit entière diminuait dans ta main, il ne te répondait plus, alors tu as jeté au loin ce serpent mort.
Comme des enfants honteux vous avez quitté les toits. Les vêtements réglementaires ont voleté puis se sont déposés sur vous, sans rien savoir de cette nuit infidèle. Et vos pieds vous attendaient, puis des files, et finalement vous avez précédé les premières sonneries, les presses et rouages aux yeux clos. Et je sais que tu as pleuré, mangeant tes larmes pour ne pas qu'elles livrent certains mots.
Échoué sur la chaîne, épaule contre épaule, tu essaies de penser aux jours prochains, à la peau neuve qui ne se laisse pas arracher.
C’est une lutte de sourcier intime, et j’ai le sentiment que le vent continue sous la terre.

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