mercredi 17 avril 2013

pièce n.10: je ne rentrerai pas

Chaque heure d'ici contient tant d’été sans nuance. L'orchestre qui ne veut pas se taire.
Les maisons seules prodiguent l’ombre, face au vent. Les deux empires sont peau contre peau. Les maisons aux visages d’hommes, ces campagnes de pêche qui se font jusque dans le soleil, ramenant du feu dans l’œil de chacun.
C’est l’heure.
L’heure aux braises épanouies.
Je descends vers l’eau. Désert anti-rythmique. Sa main s'étend. A présent l’air cendre le couchant. Il s’y fait le bruit des photographies, le peu de jour s'angoisse. Agonie.
Je nage. Je creuse le temps. Le monstre est doux, le monstre est songeur. Je nage. A mon épaule les murs immaculés, une poignée de lucioles d’auberge, elles dansent mais se taisent, je ne peux déjà plus les toucher. Je ne peux déjà plus les situer sur la montre. Y avait-il des gens sur la plage, un promeneur sur les rochers du bord ? Non, personne ne m’a vu fondre sur le poumon d’usines et d’argent.
Je nage. Montagne au rameur, le roulis fait deux paumes unies. L’encre rejoint l’encre, et je cesse de lutter. Il n'y a plus de visage précis dans l'eau qui passe et repasse, juste une grande machine, une roue qui brasse la nuit.
Je ne ferai plus face à la côte. Je crois nager encore, mais les muscles ont d’autres maîtres. Ma fatigue se mêle tout à fait à la musique de la mer. C’est mon pays à présent. Il respire, immense. Je ne rentrerai pas.

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