dimanche 10 février 2013

pièce n.03: le blâme


Très vite, je fus fou. Je riais en dînant seul. Parfois venaient des gens. Le plus souvent des personnages de romans russes que j’avais rêvés. Ils passaient la tête un instant, à l’autre bout de cette auberge viride où j’étais. Le feu jouait pour moi. Comme on est loin des moissons de nuit.
Et je ne connaissais pas les dernières mécaniques. Certaines cachaient leurs rouages, le raffinement suprême. Il y avait ceux qui portaient sur eux les voix des autres, comme j’aurais tenu un oiseau dans ma paume en jardin. Ceux-là étaient les plus aimés, on leur donnait toutes sortes d’empires de langues, de tables et de lampes, et chacun tenait son petit ruisseau par la main.
Moi j’étais imprécis. Je mesurais mal. On voulu me guérir. Et je m’épuisais en rire, sans miroir, un crime ! Je ne partageais aucun vide. Il fallut m’enfermer.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire