jeudi 15 décembre 2011

Les monstres

L'air brûlant qui convoie tant de passagers m'a sorti tout à fait des caves du métro. Des angles inédits. Des angles inouïs. Des attaques de verre.
Les vigies ne sont pas faites de chair. L'argent est sur les toits. Ils ont lâché des taxis dans les canyons, il y a des trains sur et sous l'eau. Mais rien ne répond à la peau. Chaque rue est un rocher de jardin soulevé. Et j'entends, en passant, les prières des trafiquants, des voleurs, des femmes damnées. La pluie n'a rien lavé de son hurlement et ne lavera jamais rien.
Quelques jours dans ce décor ont suffi à empoisonner mes paumes. Je fais courir mes doigts sur les façades exsangues, je n'ai confiance en aucune pierre. D'ailleurs, elles sont très rares. Je ne sais pas ce que protègent ces murs glacés. Chaque tentative de pénétrer dans un immeuble échoue.
Je sens que la nuit colorée, la nuit de jungle me noie peu à peu. Sur le béton d'un renfoncement, un autre a recopié le poème que je recopierai moi-même, et qu'un autre recopiera après moi :
« Mère, prends-moi comme une de tes écailles. Salle des machines, Mère ! Parle-leur, qu'ils viennent me chercher, qu'ils m’enchaînent. L'air est trop grand au dehors. Je ne veux plus de ce ciel et de ses incendies. Qu'ils me prennent, me fondent sur la maille. L'odeur du temps sera moins terrible de l'intérieur ».







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